Pendant des mois, on a répété la même chose à nos clients : votre IA reste sur une infrastructure que vous contrôlez, sous droit européen, hors de portée du CLOUD Act américain. Pendant ce temps, notre propre code source et notre chaîne de build vivaient sur GitHub, une plateforme américaine détenue par Microsoft. Cet écart nous gênait. On l'a refermé : tout notre développement tourne désormais sur une chaîne souveraine de bout en bout, sans dépendance américaine. On raconte ici ce qu'on a changé, et pourquoi ça dit quelque chose sur notre façon de travailler. Ce texte développe le post publié sur LinkedIn au moment de la bascule.
Notre discours repose sur un principe simple : une IA vraiment souveraine tourne sur une infrastructure que vous possédez, sous un droit que vous connaissez, hors d'atteinte d'un tiers. C'est tout l'enjeu du CLOUD Act, cette loi américaine qui suit les entreprises des États-Unis où que soient leurs serveurs. Or notre code, l'objet même de cette promesse, était hébergé chez GitHub, c'est-à-dire chez une société américaine, soumise au droit américain. On demandait à nos clients une exigence qu'on ne s'appliquait pas à nous-mêmes.
Un principe reste abstrait jusqu'à ce qu'il vous rattrape. Notre compte GitHub a été signalé. Du jour au lendemain, la dépendance est devenue très concrète : une plateforme qu'on ne contrôle pas peut geler l'endroit où vit notre code, sans préavis et sans personne avec qui négocier. C'est exactement le point de défaillance unique qu'on décrit à nos clients à propos de l'IA cloud. Le vivre soi-même a un effet clarifiant. On a fait le choix cohérent : couper le cordon.
Gungnir, et avec lui tout notre écosystème, s'appuie maintenant sur une chaîne où chaque maillon nous appartient ou repose sur une structure européenne indépendante :
Un seul geste pousse le code vers la forge et le miroir à la fois. Le processus de livraison, lui, est identique à celui qu'on avait sur GitHub, à une différence près : plus aucune de ses étapes ne dépend d'un fournisseur hors de notre contrôle.
Concrètement, plus aucune entreprise ne peut débrancher notre développement. Le code a trois copies indépendantes, la chaîne qui le transforme en logiciel livré ne repose sur aucun fournisseur américain, et le processus complet, de la première ligne de code jusqu'à la production, reste entre nos mains.
La souveraineté n'a jamais été pour nous une ligne sur une page de vente. C'est une propriété de construction, jusqu'à l'endroit où le code est stocké et la manière dont il est livré. Si on demande à nos clients de faire confiance à ce principe, on se l'applique d'abord à nous-mêmes. C'est ce que veut dire, pour nous, prendre la souveraineté au sérieux : l'appliquer jusqu'à notre propre code.
Sur la disponibilité brute, une grande plateforme a des moyens qu'un serveur seul n'a pas. Mais la fiabilité n'est pas qu'une affaire technique, elle est aussi juridique et contractuelle. Un compte peut être signalé, gelé ou fermé selon des règles qu'on ne maîtrise pas. Trois copies indépendantes, dont une qu'on possède entièrement, protègent d'un type de panne qu'aucun taux de disponibilité ne couvre : la décision unilatérale d'un tiers.
Forgejo est un logiciel libre de forge git, l'équivalent de GitHub mais qu'on installe et administre soi-même. Codeberg est une association européenne à but non lucratif qui héberge du code sur cette même technologie. L'un nous donne un dépôt qu'on possède, l'autre une copie indépendante placée hors de toute logique commerciale.
La souveraineté n'est pas un test de pureté, c'est une question de contrôle et de juridiction sur ce qui compte. Ce qu'on a ramené chez nous, c'est la chaîne qui décide où vit notre code et comment il est livré : le dépôt, la sauvegarde, le registre d'images, l'intégration continue. C'est là que se jouait la dépendance critique, et c'est elle qu'on a supprimée.
Sortir tout son développement d'une plateforme n'a de sens que si on héberge du code. Pour la plupart des PME, l'enjeu équivalent porte sur les données et les outils du quotidien, au premier rang desquels l'IA. Le raisonnement reste le même : repérer de quel tiers on dépend vraiment, et ramener chez soi ce qui est critique. C'est le principe de Gungnir.